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1512- 2012 Nafarroa bizirik

Le Journal du Pays Basque: Entretien avec Sergio IRIBARREN. Membre de l’association Nafarroa Bizirik

«Le pays qui ne connaît pas son histoire est totalement perdu»

26/04/2012

L’initiative “Nafarroa Bizirik” est née en prévision de la date anniversaire de la perte de souveraineté du royaume de Navarre, en 1512. Les débats universitaires et politiques ont souvent tendance à s’entremêler et susciter de vives polémiques, à la mesure des enjeux liés à des termes comme “conquête”, “invasion”. Nous avons rencontré Sergio Iribarren, alors que l’on s’apprête à célébrer Nafarroaren Eguna ce dimanche à Saint-Etienne-de-Baïgorry, avec qui nous nous sommes entretenus au sujet des initiatives développées au sein de l’association culturelle Nafarroa Bizirik.

Comment est née et quels sont les objectifs que se fixe l’association 1512-2012 Nafarroa Bizirik ?

L’association culturelle est née en 2008, avec comme point de mire l’année 2012. L’idée initiale était de mettre sur la table ce qui s’est passé ici, en Navarre, il y a 500 ans. Nous pensions que les pouvoirs publics n’avaient pas l’intention de faire grand-chose, ce qui s’est d’ailleurs confirmé depuis. L’objectif est de se réapproprier la mémoire historique de la conquête de la Navarre en 1512.

Vous semble-t-il que seul le point de vue des vainqueurs a voix au chapitre ?

Les politiques nous reprocheront de faire une utilisation politisée de la conquête. Or, c’est précisément ce que, eux, font au quotidien ; car, pour cela, il faut avoir le pouvoir politique. C’est donc ce que fait l’UPN (Union du peuple navarrais), le parti au pouvoir. Eux-mêmes utilisent certains pans de l’histoire afin de maintenir des liens étroits avec Madrid et Paris. Notre travail, avec Nafarroa Bizirik, consiste, sans pour autant s’inscrire dans une logique de questions/réponses, à développer notre propre point de vue au sujet de la conquête. Il est toujours bien venu, en se fondant sur un mouvement populaire, de faire face à ce que font les politiques. C’est pourquoi, nous menons une entreprise de conscientisation liée à la conquête, ce qui suscite de nombreux débats. Certains universitaires, comme par exemple Jaime Ignacio del Burgo (membre du Parti populaire de Navarre), soutiennent qu’il n’y a pas eu de conquête. Mais, bon nombre de personnes se rendent désormais compte du fait que ces propos sont erronés et infondés.

Vous venez d’éditer un journal sur la “conquête de la Navarre”. Quel est le message que vous souhaitez diffuser par ce biais ?

C’est un journal d’un jour, intitulé Nafarroa/Navarra 2012, qui est également disponible dans toutes les provinces du Pays Basque. Même si c’est une modeste publication, nous sommes certains qu’il est le contrepoint de maintes manipulations et dissimulations en ce qui concerne l’histoire de notre terre. Ce n’est pas une parution érudite, mais un journal de divulgation qui a pour seule prétention d’impulser une réflexion sur notre histoire.

Le vendredi 20 avril dernier, nous avons distribué Nafarroa/Navarra 2012 aux parlementaires de Navarre. Par cet acte, nous avons voulu offrir à ces politiques une vision populaire du passé et du présent de la Navarre et, en même temps, présenter notre publication à la presse.

Le gouvernement de Navarre ou des médias, dont notamment le Diario de Navarra, touchent quotidiennement les Navarrais. Ils bénéficient d’une très large diffusion de leurs idées. En dépit de nos petits moyens, nous avons fait le pari audacieux d’imprimer 300 000 exemplaires et nous les ferons distribuer dans toutes les boîtes aux lettres de Navarre. Cela se fera maison par maison. C’est un travail colossal. Pour ce faire, nous sommes en train de réaliser un travail d’équipe fondé sur le volontariat pour que la distribution soit faite dans tous les foyers de Navarre. Le journal est composé de 24 pages en couleurs. Il est imprimé en basque et en castillan. L’édition a été faite sous la responsabilité de Nafarroa Bizirik ; nous en avons assuré la production.

Il contient des articles sur l’histoire de la Navarre, en général, et de la conquête, en particulier. Un article analyse la situation politico-économique actuelle à travers le prisme de la conquête. Il faut également souligner que le protagoniste de ce journal n’est ni les rois, ni les nobles, mais le peuple navarrais. Face à une histoire académique qui se cantonne à faire le récit des successions dynastiques, nous revendiquons une histoire centrée sur la population. Dans cette perspective, nous donnons un ensemble de renseignements qui font état de la brutalité de la conquête et les multiples peines qu’ont souffert les Navarraises et Navarrais.

Pourquoi vous semble-t-il important de développer la “conscience nationale” de ce territoire, cette “terre” ?

Nous répétons à maintes reprises qu’il faut connaître son passé afin de comprendre le présent et construire le futur. Le peuple, le pays qui ne connaît pas son histoire est totalement perdu. En prenant cet anniversaire des 500 ans comme prétexte, nous voulions mettre le sujet sur la table, en faire un débat public. Il y a 500 ans, nous avons perdu une partie de notre territoire. En 1620, la Basse-Navarre est définitivement rattachée à la France. Ensuite il y a la Révolution française… En d’autres termes, nous avons perdu notre pleine et entière souveraineté passée. Reste que la conscience de cette souveraineté a perduré dans les mémoires. Dans le monde politique, les associations culturelles et au sein de la société en général, on ressent la volonté de construire quelque chose ensemble et ici.

Comment et pourquoi vous fondez-vous sur le travail collectif pour mener à bien ces initiatives ?

Il nous faut distribuer 300 000 exemplaires et la Navarre compte un nombre important de villages. Il nous est impossible de les distribuer tous nous-mêmes. Nous avons donc lancé un appel. Les gens s’organisent avec notre aide et de façon autonome. Ils font du covoiturage et se déplacent pour que notre message parvienne aux gens. Grâce à l’apport de chacun, même si c’est peu, cela permet d’effectuer un travail collectif fructueux. Cette idée nous est chère. Par ailleurs, il nous a fallu investir beaucoup d’argent afin d’imprimer ce journal de 24 pages. On a mis en place un système d’actions d’une valeur de 10 euros chacune. Nous espérons financer le journal ainsi. C’est au final et avant tout les efforts fournis individuellement et mis au profit du collectif qui permettent de semer la conscience nationale de notre terre.

Le 16 juin prochain, vous appelez à manifester lors d’une “marche nationale”. Pourquoi cette date et quel écho attendez-vous que cet événement reçoive ?

Le programme festif, culturel et social du Pays Basque est très chargé, comme chacun le sait. Il n’était donc pas facile de choisir une date adéquate. Initialement, la date du 25 juillet avait été retenue, puisqu’elle correspond à la reddition de la Navarre et à l’entrée des troupes castillanes et aragonaises dans la ville d’Iruñea. Mais en plein été, le calendrier des fêtes est surchargé. Le but de la manifestation est de rassembler le plus de monde possible et il nous semble que ce serait très difficile à faire le 25 juillet. Nous avons donc choisi le 16 juin, une date sans référence historique particulière.

Ensuite, il faut préciser que nous ne voulons pas organiser une manifestation classique. Bien souvent, cela tend à s’apparenter à une procession. Nous nous intéressons plus à la participation elle-même des gens. Du reste, on voyait anciennement lors des manifestations des pancartes propres à chaque village, chaque ville. Des groupes de danse se glissaient dans le cortège, on pouvait voir des manifestants porter les déguisements traditionnels des carnavals, des txistulari rythmaient la marche. On allait véritablement prendre part à la manifestation.

Nous, Navarrais, avons été conquis et nous cherchons à montrer que nous sommes bel et bien vivants. Nous espérons rassembler 10 000, 20 000, voire 30 000 personnes. Voilà quel est l’objectif. Mais pour ce faire, nous sommes convaincus qu’il faut faire plus. Aussi lançons-nous un appel non seulement à toute la classe politique : plus de 100 municipalités de l’ensemble du Pays Basque nous ont déjà apporté leur soutien et de très nombreux partis politiques nous soutiennent. Mais nous appelons surtout les gens à se mobiliser. De par le caractère participatif, on cherche à ce que les gens fassent leur la manifestation. Nous avons loué les arènes d’Iruñea, où nous procéderons à l’ouverture de la journée. Cette marche nationale est un événement ouvert à tous, où ceux qui mènent un travail de réappropriation de la mémoire historique trouveront une tribune libre.

A partir de 2013, quelle suite pouvez-vous espérer ?

Enormément de gens sont en train de mener bénévolement un travail collectif de réappropriation d’une mémoire historique oblitérée par les calculs politiques. C’est vraiment quelque chose de fort. D’ici peu, viendra l’année 2013. Que restera-t-il alors de nos multiples initiatives menées depuis 2008 ? C’est ce travail collectif mené localement qui serait la meilleure des suites, une véritable réappropriation. Ce sont donc les gens qui décideront de la nécessité ou non de poursuivre Nafarroa Bizirik. C’est, nous semble-t-il, sur la force populaire qui se fait actuellement jour qu’il faudra s’appuyer et travailler en fonction d’elle afin d’aller de l’avant.

Benjamin DUINAT



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